Flottaison et sommeil : ce que disent les études

Flottaison et sommeil : que disent vraiment les études scientifiques ?

 

« Je dors mieux depuis que je flotte. » C’est probablement la phrase que nous entendons le plus souvent à l’accueil, juste après « je n’ai pas vu passer l’heure ».

Mais entre le ressenti d’un client au sortir d’une séance et une preuve scientifique, il y a une distance qu’il nous semble honnête de nommer. Nous avons donc épluché la littérature scientifique publiée sur la flottaison  ou flottaison-REST, pour Restricted Environmental Stimulation Therapy  et son effet sur le sommeil.

Voici ce que la recherche montre réellement. Y compris ce qu’elle ne montre pas.

En résumé

  • Les études existantes sont encourageantes mais peu nombreuses, et les deux grandes revues systématiques disponibles ne concluent pas exactement dans le même sens.
  • L’effet sur le sommeil semble indirect : la flottaison agit d’abord sur le stress et l’anxiété, et le sommeil s’améliore dans la foulée.
  • Les bénéfices documentés apparaissent surtout sur des séries de séances (une douzaine dans la plupart des protocoles), pas après une séance isolée.
  • Le paramètre qui bouge le plus est la facilité d’endormissement, pas la durée totale de sommeil.

Ce qu’est la flottaison-REST, en une phrase

Vous flottez sur le dos dans une eau saturée en sel d’Epsom, chauffée à la température de la peau (environ 34-35 °C), dans un espace sombre et insonorisé. Le corps ne perçoit plus la gravité, la lumière, le son ni la pression. Cette réduction massive des stimuli extérieurs est ce que les chercheurs appellent la restriction environnementale  et c’est elle qui déclenche ce qu’on nomme la réponse de relaxation.

Les deux revues systématiques : deux conclusions différentes

C’est le point le plus important à comprendre, et celui que la plupart des articles sur le sujet passent sous silence.

La revue de 2020 : des résultats positifs sur toute la ligne

En 2020, une équipe suédoise dirigée par Anette Kjellgren publie dans l’European Journal of Integrative Medicine la seule revue systématique consacrée spécifiquement au sommeil. Sur neuf études retenues, toutes rapportent des effets bénéfiques sur le sommeil, chez des populations cliniques comme non cliniques. Dans deux d’entre elles, les effets étaient encore présents 4 à 6 mois après la fin du traitement.

Les auteurs restent prudents dans leur conclusion : la flottaison serait une piste prometteuse pour les symptômes d’insomnie, mais il manque des études contrôlées utilisant des mesures de sommeil validées sur des populations dont l’insomnie a été diagnostiquée.

La revue de 2025 : beaucoup plus réservée

En 2025, une revue publiée dans BMC Complementary Medicine and Therapies passe en revue 63 études et 1 838 participants. Elle confirme des effets positifs sur la douleur, la performance sportive, le stress, le bien-être mental et l’anxiété clinique  mais conclut à un effet limité voire nul sur les troubles du sommeil à proprement parler.

Pourquoi cette contradiction ?

Elle est méthodologique, et elle est instructive.

La revue de 2020 comptabilise le sommeil comme critère secondaire dans des études portant sur le stress, la douleur ou l’anxiété  là où il s’améliore effectivement de façon assez constante.

La revue de 2025 ne retient que les études dont le sommeil était l’objet principal. Elles sont trois, elles sont petites, et leurs résultats sont mitigés.

Autrement dit : quand on soigne le stress, le sommeil suit. Quand on cible directement l’insomnie, les résultats sont beaucoup moins nets. C’est une nuance qui compte.

Les études à connaître, une par une

Insomnie diagnostiquée : des résultats mitigés (Norell-Clarke et al., 2021)

C’est l’étude la plus directement pertinente, et la plus prudente. Six participants répondant aux critères diagnostiques de l’insomnie ont suivi 12 séances de 45 minutes, avec un suivi par agendas du sommeil.

Résultats : trois participants se sont améliorés sur leur symptôme principal, deux sur l’efficacité du sommeil, avec un maintien à deux mois. Mais aucun changement sur la durée totale de sommeil, et deux participants n’ont progressé sur aucune mesure.

Les auteurs concluent que la flottaison pourrait bénéficier aux jeunes adultes souffrant d’insomnie d’endormissement  les deux participants qui en ont le plus profité étaient des étudiants d’une vingtaine d’années  mais que davantage de recherche est nécessaire.

Douleurs liées au stress : effets maintenus à 4 mois (Bood et al., 2006)

70 patients souffrant de douleurs liées au stress, dont 26 avec un diagnostic de burnout dépressif, répartis aléatoirement entre un groupe contrôle et un groupe flottaison, pour 12 séances.

Résultat : diminution des zones douloureuses, du stress, de l’anxiété et de la dépression ; augmentation de la qualité du sommeil et de l’optimisme. Les effets étaient globalement maintenus quatre mois après la fin du traitement.

Détail intéressant pour qui se demande combien de séances réserver : une étude ultérieure de la même équipe a comparé 12 séances à 33 séances. Le bénéfice supplémentaire était quasi nul.

Anxiété généralisée : 37 % de rémission (Jonsson & Kjellgren, 2016)

Douze séances contre liste d’attente chez des personnes souffrant d’anxiété généralisée. 37 % des participants du groupe flottaison étaient en rémission complète à la fin du protocole, avec une amélioration de la qualité du sommeil parmi les critères secondaires. À six mois, tous les résultats mesurés sauf le niveau de dépression étaient maintenus.

Sportifs : un sommeil mesuré, pas seulement ressenti (Broderick, Uiga & Driller, 2019)

19 athlètes de sport collectif, une heure de flottaison après effort contre une heure de récupération passive. Le sommeil était mesuré objectivement par actigraphie au poignet. La flottaison a amélioré la qualité du sommeil et réduit significativement plus les courbatures et la fatigue physique que la condition contrôle.

L’étude la plus récente, et la plus nuancée (Vatne et al., 2025)

C’est de loin la plus grosse en volume de données : 214 nuits enregistrées par bague connectée chez 97 athlètes universitaires, et plus de 2 300 questionnaires post-séance.

Les résultats méritent d’être cités tels quels, parce qu’ils sont à double face.

Côté physiologie : la fréquence cardiaque de repos nocturne était significativement plus basse la nuit suivant une séance, chez les hommes comme chez les femmes. Mais aucun changement significatif sur les métriques de sommeil mesurées par la bague.

Côté ressenti : 98,7 % des athlètes rapportaient une expérience globalement positive, et 85,3 % se sentaient mieux après la séance  moins de courbatures, moins de stress, moins de fatigue, plus d’énergie.

C’est peut-être le résultat le plus honnête de toute cette littérature : l’effet de relaxation est réel et mesurable, l’effet subjectif est massif, mais l’architecture du sommeil mesurée objectivement bouge peu après une séance isolée.

Ce qu’on peut raisonnablement en retenir

Si l’on met bout à bout ces travaux, trois enseignements se dégagent.

Le sommeil est un bénéfice indirect. La flottaison n’agit pas sur le sommeil comme le ferait un somnifère. Elle agit sur le stress, l’anxiété, la tension musculaire et l’activation physiologique  et c’est en aval que le sommeil s’améliore. Ce qui explique pourquoi les effets sont plus nets chez les personnes dont les troubles du sommeil ont une composante anxieuse ou liée au stress.

La régularité compte plus que l’intensité. Presque tous les protocoles qui montrent des effets durables utilisent une série d’une douzaine de séances étalées sur plusieurs semaines. Et au-delà, le bénéfice supplémentaire plafonne.

L’endormissement plutôt que la durée. Aucune étude ne montre que la flottaison allonge le temps de sommeil total. Ce qui s’améliore, c’est la facilité à s’endormir et la qualité perçue de la nuit.

Questions fréquentes

Combien de séances faut-il pour ressentir un effet sur le sommeil ? Les protocoles de recherche utilisent le plus souvent 12 séances réparties sur 6 à 8 semaines. Beaucoup de personnes rapportent une nuit particulièrement réparatrice dès la première séance, mais les effets documentés dans la durée concernent les séries.

La flottaison peut-elle remplacer un traitement de l’insomnie ? Non. La flottaison est une pratique de bien-être et de relaxation, pas un traitement médical. Si vous souffrez d’insomnie chronique, la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I) reste le traitement de première intention recommandé, et un médecin est l’interlocuteur adapté. La flottaison peut s’envisager en complément.

Vaut-il mieux flotter le soir ? Aucune étude n’a comparé directement les horaires. L’étude de 2025 chez les sportifs portait sur des séances de journée et observait tout de même une baisse de la fréquence cardiaque la nuit suivante. Dans la pratique, beaucoup de nos clients privilégient la fin d’après-midi ou la soirée.

Peut-on s’endormir dans la cabine ? Oui, cela arrive fréquemment, et c’est sans danger : la densité du sel rend l’immersion du visage physiquement très difficile. Les chercheurs décrivent d’ailleurs l’état induit par la flottaison comme proche du stade I du sommeil.

Notre position

Nous préférons vous dire ce que la science établit plutôt que de vous promettre ce qu’elle n’a pas démontré. La flottaison n’est pas un remède contre l’insomnie, et personne ne devrait vous la vendre comme tel.

En revanche, la littérature scientifique documente de façon assez robuste ce qu’elle fait vraiment : elle réduit le stress, l’anxiété et la tension physiologique. Et pour beaucoup de personnes dont le sommeil se dégrade précisément à cause de cela, c’est exactement ce dont il s’agit.

Envie d'essayer ?

Vous pourrez nous dire comment vous avez dormi.

Références

  • Kjellgren, A., Norell-Clarke, A., Jonsson, K., & Tillfors, M. (2020). Does flotation-REST have an effect on sleep? European Journal of Integrative Medicine, 33, 101047.
  • Lashgari, E., Chen, E., Gregory, J., & Maoz, U. (2025). A systematic review of flotation-restricted environmental stimulation therapy (REST). BMC Complementary Medicine and Therapies, 25(1), 230.
  • Norell-Clarke, A., et al. (2021). A study of flotation-REST as an insomnia treatment. Sleep Science.
  • Bood, S. Å., et al. (2006). Eliciting the relaxation response with the help of flotation-REST in patients with stress-related ailments. International Journal of Stress Management, 13(2), 154.
  • Jonsson, K., & Kjellgren, A. (2016). Promising effects of treatment with flotation-REST as an intervention for generalized anxiety disorder. BMC Complementary and Alternative Medicine, 16(1), 108.
  • Broderick, V., Uiga, L., & Driller, M. (2019). Flotation-REST improves sleep and performance recovery in athletes. Performance Enhancement & Health, 7(1-2), 100149.
  • Vatne, E., et al. (2025). Effects of daytime floatation-REST on nocturnal cardiovascular physiology, sleep, and subjective recovery in collegiate student-athletes. Journal of Strength and Conditioning Research, 39(8), 857-867.

Cet article a une vocation informative. Il ne constitue pas un avis médical et la flottaison ne se substitue pas à une prise en charge par un professionnel de santé.